La 30ème Conférence des Parties (COP30) s’est tenue du 10 au 21 novembre 2025 à Belém, au Brésil, dix ans après l’Accord de Paris. Sa localisation, aux portes de l’Amazonie, a placé l’enjeu de la déforestation tropicale au centre des attentes. Présentée comme la “COP de la mise en œuvre”, Belém devait traduire dans les faits le Bilan mondial adopté à la COP28 de Dubaï. La présidence brésilienne a finalement obtenu un accord, baptisé « Mutirão », adopté par consensus le 22 novembre. Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’un compromis « à minima ». L’Accord de Paris est préservé, la coopération continue, mais la marche d’ambition reste insuffisante. Comme pour la plupart des COP, on constate un succès, mais qui reste incrémental et partiel.
Tout d’abord, certains échecs notables sont à noter. Sur la question clé de la déforestation, le Brésil a préparé le lancement du Tropical Forest Forever Facility (TFFF), un mécanisme de finance d’environ 125 milliards de dollars pour rémunérer la protection durable des forêts tropicales. Ce dispositif a été soutenu par 34 pays forestiers auxquels se sont ajoutées des premières contributions de donateurs. Toutefois, l’absence d’un engagement multilatéral contraignant de « zéro déforestation » montre que les mécanismes volontaires progressent plus vite que la régulation globale sur les biens publics mondiaux. L’Union européenne a néanmoins soutenu un appel à l’action spécifique pour les forêts du bassin du Congo pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030.
Concernant la question énergétique, la sortie progressive des énergies fossiles a constitué l’un des nœuds centraux. Une coalition de plus de 80 pays, incluant l’UE, la Colombie, le Kenya et de nombreux États vulnérables, plaidait pour une trajectoire mondiale d’élimination du charbon, du pétrole et du gaz non compensés. En face, plusieurs grands producteurs, comme certains États de l’OPEP ou la Russie, ont manifesté rapidement leur opposition à toute mention explicite d’une « phase-out ». Par ailleurs, les discussions ont été marquées par la présence de plus de 1 600 lobbyistes du secteur fossile, dont Total au sein de la délégation française. Leur participation pose un enjeu de gouvernance. Bien que nécessaire pour organiser la transition, elle soulève toutefois la question de la manière d’encadrer leur influence afin d’éviter que leurs intérêts économiques ne dominent le processus multilatéral.
La présidence brésilienne a tenté de contourner ce blocage en proposant une « Coalition Climat » articulée autour des marchés carbone et d’un ajustement carbone aux frontières. L’objectif est de plafonner puis réduire les émissions jusqu’à zéro à l’horizon 2050. Toutefois, faute de consensus, cette proposition s’est réduite à une coalition volontaire d’États, ce qui révèle la fragmentation de la gouvernance climatique.
L’absence de consensus se traduit dans l’accord final. Le terme ‘fossile’ n’apparaît pas et aucun calendrier mondial de sortie n’est adopté. Cette incapacité à nommer la source principale des émissions traduit une asymétrie profonde : la communauté internationale déploie des instruments de mitigation, sans accepter le coût politique d’une réduction réelle de la production fossile. En réaction, la Colombie et les Pays-Bas ont annoncé l’organisation en 2026 d’une première conférence internationale sur la transition juste de sortie des énergies fossiles, en dehors du cadre onusien. Le Brésil s’est engagé, de son côté, à préparer une feuille de route indicatrice sur la sortie des fossiles et la fin de la déforestation, à présenter à la COP31.
Par ailleurs, cette COP constituait l’échéance pour relever les contributions nationales (NDC). Or, à la veille de la COP, seuls 113 pays avaient soumis une nouvelle NDC ou une mise à jour, couvrant environ 80 % des émissions mondiales. Près de 80 États, dont plusieurs grands émetteurs, restent donc sans nouveaux engagements. Ainsi, même avec ces nouvelles promesses, les émissions globales ne diminueraient que d’environ 10-12 % d’ici 2035 par rapport à 2019, alors qu’une baisse de l’ordre des 60 % serait nécessaire pour rester sous +1,5 °C.
Ces échecs sont néanmoins à nuancer. Dans la continuité de la COP28, les pays avaient déjà reconnu la nécessité de tripler la capacité mondiale en renouvelables et de doubler les gains d’efficacité énergétique d’ici 2030. À Belém, cet agenda s’est incarné dans plusieurs annonces autour de solutions opérationnelles :
Une coalition s’est fixé l’objectif de quadrupler les carburants durables d’ici 2035 (biocarburants avancés, hydrogène vert, e-carburants) pour décarboner sidérurgie, transports maritimes et aériens ;
L’alliance des grands énergéticiens Utilities for Net Zero a annoncé une augmentation d’environ 20 % de ses investissements annuels, soit 148 milliards de dollars par an, dans les réseaux électriques et le stockage ;
Des banques de développement se sont engagées à plus de 12 milliards de dollars pour l’interconnexion électrique en Asie du Sud-Est, à travers des financements philanthropiques pour encourager les investissements dans les réseaux verts.
Ces dynamiques traduisent un déplacement de l’action. On passe d’engagements déclaratifs à des investissements concrets en infrastructures. Cela constitue une évolution majeure. À défaut d’un calendrier de sortie du fossile, les acteurs intentionnels renforcent les conditions matérielles de la décarbonation.
Sur le volet financier, la COP30 devait rendre opérationnel le nouvel objectif quantifié collectif fixé à la COP29, c’est-à-dire, atteindre au moins 300 milliards de dollars par an de financements publics climat d’ici 2035, dans un ensemble plus large d’au moins 1 300 milliards incluant le privé. Les pays les plus vulnérables attendaient des garanties sur l’adaptation, les transferts de technologies et la montée en puissance du Fonds pour les pertes et dommages. Belém a permis de consolider ces éléments, mais sans préciser la contribution de chaque pays développé. Cela nourrit le sentiment chez les pays du sud que les pays riches ne prennent pas suffisamment leurs responsabilités.
Côté adaptation, la COP30 a acté :
Un triplement des financements d’adaptation d’ici 2035, avec une cible indicative autour de 120 milliards de dollars par an (contre environ 40 milliards actuellement), intégrée dans l’objectif de 300 milliards publics par an ;
L’adoption d’une liste de 59 indicateurs globaux d’adaptation, première tentative structurée de mesurer à l’échelle mondiale la réduction de vulnérabilité et le renforcement de la résilience.
En parallèle, l’examen du Mécanisme de Varsovie sur les pertes et dommages a été achevé et la phase opérationnelle du Fonds pertes et dommages a été officiellement lancée au bénéfice des pays les plus exposés.
Pour ce qui relève de la justice sociale, l’un des résultats majeurs est la création d’un Mécanisme de transition juste. Il vise à accompagner les territoires et les travailleurs touchés par la transition énergétique, en renforçant l’assistance et l’échange de pratiques. Des références explicites aux droits humains et des travailleurs sont aussi inscrites. Ce dispositif sur la transition intègre ainsi clairement la dimension « ne laisser personne de côté ». Il formalise ainsi l’idée selon laquelle la transition énergétique implique des coûts sociaux nécessitant accompagnement et redistribution.
Belém a aussi marqué la montée en puissance de l’Agenda d’action climatique en marge des négociations officielles. Ce sont plus de 480 initiatives qui ont été portées au travers d’alliances volontaires impliquant entreprises, banques de développement, ONG, collectivités locales ou encore certains pays. Un record d’environ 3 000 représentants de peuples autochtones étaient présents et le Brésil a proclamé la création de 10 nouvelles réserves indigènes. Leur rôle clé dans la protection des forêts est ainsi souligné.
Toutefois, ces avancées s’inscrivent dans un contexte géopolitique fragile et tendu. L’absence d’engagement américain a laissé l’Union européenne en première ligne, à la fois comme principal financeur et comme cible des critiques. Plusieurs pays du Sud ont dénoncé un manque de financements concrets et pointé le mécanisme carbone aux frontières de l’UE perçu comme protectionniste. La Chine, bien que présente, n’a pas assumé un leadership alternatif. Enfin, certaines délégations latino-américaines ont dénoncé l’affaiblissement de l’objectif d’adaptation, jugeant les formulations finales trop vagues et peu contraignantes.
En définitive, la COP30 de Belém débouche sur un compromis en demi-teinte. L’accord Mutirão a finalement été adopté et consolide certains piliers, mais au prix de reports sur plusieurs sujets structurants. La transition vers les énergies propres apparaît irréversible, mais la difficulté à nommer et organiser la sortie des fossiles montre l’ampleur du travail restant. Ainsi, la gouvernance climatique mondiale est sous tension mais reste toujours fonctionnelle. Un multilatéralisme permet de maintenir le cadre collectif, mais les dynamiques transformatrices se déplacent vers des coalitions volontaires, des alliances sectorielles et des instruments financiers ciblés. Pour la France et l’Europe, la responsabilité est double. Il s’agit à la fois de mener une transition énergétique crédible et juste, mais aussi de porter à l’international une diplomatie climatique capable de recomposer des coalitions ambitieuses.
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